LE JOURNAL D'UNE INTERIMAIRE

![]()
Ce mercredi 7 février, on juge devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, Philippe Val, directeur du magasine Charlie Hebdo. Sans attendre l'autorisation du président, Me Kiejman, son avocat, commence la lecture d'une lettre.
- " Je tiens à apporter clairement mon soutien à votre journal qui exprime une vieille tradition française, celle de la caricature. J'en ai été très souvent la cible privilégiée. Pour autant, je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature ".
- C'est signé Nicolas Sarkosi.

Stupéfaction dans la salle, Me Kiejman se retrouve dans le camp de Nicolas Sarkosi.

Le procès des caricatures de Mahomet s'ouvre dans un climat tendu. L'enjeu est de taille puisqu'il s'agit de savoir si la liberté d'expression existe toujours en France, ou si il faut rétablir la censure au nom d'une religion, en l'occurence l'islam.
Les trois dessins incriminés, passent de mains en mains. Le premier montre le prophète avec une bombe en guise de turban.

Sur le deuxième, on voit un musulman refouler des terroristes à la porte du paradis en leur disant : " Stop ! Le stock de vierges est épuisé " - allusion à la promesse faite aux kamikases d'être récompensés dans l'au-delà par de belles compagnes. Enfin, la troisième caricature, présente Mahomet, " débordé par les intégristes ", en train de s'exclamer : " C'est dur d'être aimé par des cons ".

Les associations musulmanes réclament 30 000 euros de dommages et intérêts. Lahj Thami Breze, le président des organisations islamistes de France, déclare que c'est une agression contre tous les musulmans.
Philippe Val explique que les caricatures qui ont été publié ne faisaient que dénoncer l'utilisation que font les terroristes de l'islam et qu'à aucun moment ils n'ont confondu les musulmans et les extrémistes islamistes.
Un avocat des parties civiles lui reproche de soufler sur les braises, Philippe Val lui répond du tac au tac.
- Le feu a pris depuis bien longtemps. Voyez les attentats du 11 septembre, et ceux de Bali, Madrid, Londres. Si on ne peut plus rire des terroristes...
Après Nicolas Sarkosi, par courrier interposé, c'est François Hollande qui vient, en chair et en os, au secours du journal satirique.
- Je suis ici au nom de la République pour défendre une liberté.
- La liberté d'expression ne doit pas être mise en cause, même dans le domaine des religions, affirme François Bayrou.
Des musulmans n'hésitent pas à venir témoigner dans le même sens. Tel le philosophe Abdelwahab Meddeb, qui reconnaît avoir ri aux éclats en découvrant sur la couverture de Charlie Hebdo le dessin de Mahomet en train de se lamenter : " C'est dur dêtre aimé par des cons ".
Le journaliste algérien Mohamed Sifaoui va encore plus loin. Cet homme, que les islamistes de son pays ont contraint à s'exiler en France, brandit l'emblème des extrémistes algériens, sur lequel un verset voisine avec une kalachnikov.
- Cette association de la violence et du texte coranique n'est pas le fait des caricaturistes mais des intégristes, déclare-t-il d'une voix ferme. L'amalgame entre terrorismes et islam, ce sont les musulmans qui l'ont créé.
Son témoignage est d'autant plus percutant qu'il connaît le prix de la liberté d'expression : il reçoit régulièrement des menaces de mort de la part des mouvements islamistes qui se réclame du prophète, et il est contraint de vivre sous protection policière.
Au bout de deux jours de débats, on sent que les avocats de la Grande Mosquée de Paris et de l'Union des organisations islamistes de France, n'ont pas réussi à convaincre le tribunal. Le procureur, leur donne le coup de grâce. Elle explique qu'à son sens, les dessins ne visent pas les musulmans, mais l'utilisation abusive du nom de Dieu par les terroristes. Elle n'a pas prononcé le mot relaxe, mais c'est tout comme. Le public applaudit.
Me Richard Malka qui plaide aux côtés de Me Kiejman brandit deux couvertures de Charlie Hebdo.
" Le pape va mieux, il vient de canoniser deux yaourts ", lit-on sur l'une. " Le dalaï-lama a pété une durite ", proclame l'autre.
- Serions-nous bouddhaphobes ? demande-t-il, en s'adressant aux parties civiles.
La salle rigole. Sur leur banc, les plaignants font grise mine. Me Malka enfonce le clou. Il rappelle qu'en France, le blasphème n'est plus un délit depuis longtemps.